LES RÈGLES D’OUVERTURE (PARTIE 1)

Ce troisième « petit mot » se veut une suite logique et chronologique du mot précédent en ce sens qu’après avoir fait l’analyse de l’évaluation des mains, nous en sommes maintenant à voir les règles d’ouverture.  Étant donné qu’il s’agit encore une fois d’un sujet assez vaste,  je vais procéder en deux temps.

Dans cette première partie de mon article, je ferai tout d’abord un peu d’histoire, puis nous verrons les tableaux statistiques concernant les taux de réussites en regard des points d’honneur et de distribution.

Dans la seconde partie, que je vous soumettrai ultérieurement, je vous ferai part des exigences en termes de points d’honneur et de distribution pour les ouvertures fortes ou faibles au premier palier, et cela à toutes les positions. Mon exposé englobera les exceptions : la règle de 15, la règle de 20 et les ouvertures fortes au 2e palier en 4e position.

Un peu d’histoire…

Qu’est-ce qui est à l’origine de la proposition d’ouvrir avec 13 points d’honneur?

Selon la méthode de calcul de Milton Work, un jeu comporte 40 points d’honneur (A=4, R=3, D=2, J=1). Présumons que pour ouvrir et avoir des chances de succès, il faut détenir plus de points que l’adversaire. Si on détermine 13 points comme règle de départ, il en reste 27 à répartir entre les trois autres joueurs.  Si ces points résiduels sont distribués également, chacun en détiendra 9 de telle sorte que l’équipe qui a ouvert possédera au total 22 points (13+9) et l’équipe adverse en aura 18 (9+9). Cet avantage statistique a été le début de nos tourments!

Avec le temps, 13 points d’honneur est devenu 12 points d’honneur ou 13 points d’honneur et de longueur. Il a en effet été établi que, statistiquement parlant, il y avait peu de différence. Ultérieurement, les standards d’ouverture ont continué à diminuer.  On ouvre maintenant avec 11 points d’honneur et même moins avec le système des points de distribution de Goren/Albaran, de même que les fameuses règles de 15 et de 20.  Ces critères sont-ils encore pertinents? Allons voir.

Des statistiques

Puisque le bridge est un jeu où les statistiques sont fondamentales existe-t-il des études sur le sujet et que disent-elles?

La plus célèbre recherche a été produite par Jean René Vernes en 1966 (avec les moyens de l’époque). Il a analysé près 2,500 mains jouées par les champions Américains et Italiens (1957-65) au plus grand tournoi de Bridge, le « Bermuda Bowl ». Plus tard, avec le développement de l’informatique, une nouvelle étude a été faite en 1995 (Vernes et Charles). Cette dernière a clairement démontré que certaines convictions étaient fausses (voir site Vernes). En 2006, une autre investigation de Charles et Gigault a approfondi la question (Statistique et Bridge « Évaluation des mains »,  B. Charles et J. Gigault 2006).

Avant de regarder les résultats de la recherche de Charles et Gigault, revoyons la table de décision qui faisait partie de mon article précédent. Elle établissait le nombre de points suggérés pour maximiser les chances de réussite de nos contrats.

Table de décision

 

Palier du contrat

Palier

1

Palier

2

Palier

3

Palier

4

Palier

5

Palier

6

Palier

7

 

Force du camp

(pts d’honneur)

 

20-21-22

 

23-24

 

25-26

 

27-28-29

 

30-31-32

 

33-34-35-36

 

37-38-39-40

 

Maintenant, jetons un coup d’œil sur les pourcentages statistiques de réussite établis selon la recherche faite par Charles et Gigault en 2006.

Tableaux Statistiques (Charles et Gigault)

 

Avec 22H

Avec 23H

Avec 24H

Avec 25H

Avec 26H

Faire 3SA

       23%

     34%

       47%

      60%

      73%

 

 Avec 30H

Avec 31H

 Avec 32H

 Avec 33H

Avec 34H

Faire 6SA

    29%

       43%

        6o%

     77%

       91%

 

En ce qui concerne les manches en majeure et en mineure, considérant qu’on calcule selon la méthode des points d’honneur et de distribution (Work-Goren), quel est le nombre de points nécessaire pour avoir à peu près 50% de chances de réussite ?

 

10 levées

11 levées

12 levées

Réussite à 50%

26,7 DH

29,9DH

33,1DH

 

Voyons finalement la différence dans le pourcentage de réussite avec 1 - 2 points de moins.

 

Avec 25DH

Avec 26DH

Avec 27DH

Avec 28DH

 

Réussir 10 levées

 

 

29%

 

41%

 

53%

 

66%

 

 

Avec 28DH

Avec 29DH

Avec30 DH

Avec 31DH

 

Réussir 11 levées

 

 

27%

 

38%

 

51%

 

65%

 

 

Avec 31HD

Avec 32HD

Avec 33HD

Avec 34HD

 

Réussir 12 levées

 

 

23%

 

35%

 

48%

 

64%

 

 

Ce que démontrent clairement ces tableaux, c’est l’énorme pourcentage de différence qu’un point peut faire dans la réussite d’un contrat, et c’est sans équivoque! Bien sûr, la distribution et le placement des cartes seront toujours des facteurs importants, d’où l’intérêt de s’entendre avec notre partenaire sur la façon d’évaluer nos mains et surtout de bien intégrer des conventions simples. Ce qui est important dans le cours des enchères, c’est d’émettre des signaux clairs à l’effet qu’on est faible, des freins, des « stoppers » en bon français ( ex : Wolf signal ).

Mais il existe un autre élément à prendre en considération et une précision Capitale avec un grand C s’impose ici. Ces études statistiques ont étés réalisées en étudiant les meilleurs joueurs dans les grands tournois, donc ceux et celles qui maîtrisent les techniques du jeu de façon exceptionnelle, que ce soit en attaque ou en défense. Ce n’est pas mon cas et peut-être pas le vôtre non plus. Bien sûr, il arrive fréquemment dans nos clubs que de bonnes équipes A jouant contre des équipes B ou C vont briller en étant très agressives. Mais, comme le dit si bien le proverbe, « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Leurs résultats seraient certainement différents s’ils jouaient à compétition égale. C’était mon petit commentaire éditorial. LOL.

 

 

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